Cfp: Enjeux et apports des recherches en humanités numériques

23.08.2017

Le numérique a envahi notre quotidien, de la sphère professionnelle, il s’est rapidement propagé vers notre sphère privée. Il semble communément admis que la révolution numérique est en marche. Si nul ne sait quand celle-ci atteindra son point culminant ni prédire quels en seront les effets – les discours sont pour le moins dichotomiques sur le sujet – il est incontestable que son omniprésence opère une transformation de nos dynamiques sociales et culturelles (Jeanneret, 2011) et propulse nos sociétés occidentales dans une « culture numérique » (Doueihi, 2011 ; Rieffel, 2014) laissant subséquemment entrevoir les possibilités d’ « humanités numériques ». Les résistants aux injonctions de cette culture numérique sont considérés – au mieux –comme des marginaux ne souhaitant pas rejoindre cette culture ouverte de l’information, cette culture numérique du partage, à la fois participative, citoyenne et porteuse de nouveaux espoirs.

Force est de constater que sans application numérique il n’existe ni culture ni humanité numérique. Or ces applications relèvent des sciences de la computation ou de l’informatique, l’une des seules « nouvelles sciences » à s’être élevée au rang d’industrie. Les technologies de l’information et de la communication seraient d’ailleurs vectrices d’une troisième révolution industrielle (Rifkin, 2012). Pour Babinet (2016) « la révolution numérique en cours va transformer le monde plus fortement que ne l'a fait la révolution industrielle », d’où l’intérêt accru des politiques pour ces phénomènes émergeants et les inlassables prescriptions pour prendre le « tournant numérique ». Réponses à la communication politique ou réel engouement pour les humanités numériques, les projets sur le sujet ne cessent d’émerger depuis une dizaine d’année. Quels sont-ils, peut-on les caractériser ? Quelles sont leurs finalités ? Comment sont-ils conduits, selon quelle(s) méthode(s) ? Ces projets d’humanités numériques ont-ils réussi à dépasser le cloisonnement disciplinaire des sciences face aux technologies de l’information et de la communication (Heinderyckx, 2015) ? Quels sont les apports épistémologiques, théoriques, méthodologiques issus de ces recherches ?

Car si l’on ne s’en tient qu’à l’intitulé – et passant outre les définitions qui se bousculent sur les humanités numériques – ces recherches sont censées reposer sur une intelligence collective inter voire trans-disciplinaire, laquelle serait plus à même d’étudier et de construire des technologies de l’intelligence (Levy, 1994, 2011 ; Robert, 2000). C’est-à-dire des technologies permettant à l’Homme d’accroître ses facultés de raisonnement, de mieux comprendre la complexité de nos sociétés (Morin, 1996). Pour de nombreux courants théoriques, l’intelligence serait l’aptitude d’un acteur à résoudre les situations problématiques en les appréhendant sous de nouvelles perspectives à travers la réorganisation de son système de pertinence, de son cadre d’expérience. Or, comme Akrich (2006) l’a souligné dans ses travaux, il est nécessaire d’anticiper les comportements et les usages lors de la conception de dispositifs techniques. Quels sont-ils lorsque l’on souhaite développer des technologies de l’intelligence ? Comment sont-ils mis en œuvre, pour quels résultats ?

Alors que certains soutiennent une « organologie du numérique » (Stiegler, 2014), d’autres observent une « anthrobologie » (Sadin, 2013) laquelle mènerait inexorablement vers un « transhumanisme » (Besnier, 2012). La frontière entre technologies de l’intelligence et technologies intelligentes est mince. L’une permet à son utilisateur de construire de nouveaux schèmes de pensée, la seconde se substitue à la raison humaine par le développement d’une intelligence artificielle et, de fait, une indépendance décisionnelle sur laquelle nous nous déchargerions de toute activité mémorielle (Dyens, 2008). Dès lors, l’intelligence artificielle ne serait-elle pas contre-productive pour l’évolution humaine ? A moins que le tournant numérique auquel nous assistons ne soit que prémices à la symbiose voire la fusion entre la dimension technologique et humaine (De Rosnay, 1995) ? Les recherches en humanités numériques mèneraient-elles à terme au développement d’une humanité cognitivement et physiologiquement augmentée ?

Calendrier
Remise des articles : 23 août 2017
Réponse aux auteurs: 23 septembre 2017
Remise de la version finale : 23 octobre 2017

Consignes aux auteurs
Les propositions d’article, texte intégral uniquement en version électronique au format word, sont à envoyer à lise.verlaet@univ-montp3.fr. Les articles, rédigés en français, font une vingtaine de page.

La Revue Les Cahiers du Numérique invite les auteurs à prendre connaissance des consignes éditoriales, lesquelles sont disponibles à cette adresse : http://lcn.revuesonline.com/revues/23/ConsignesLCN_avril2016.doc

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